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"Dites-Moi, Ingrid Betancourt..." Une émission de Michèle Cédric (RtbF Bruxelles) Un grand merci à Michèle Cédric, à son équipe, et à la RtbF pour leur formidable soutien à Ingrid...
Peu avant son enlèvement Michèle Cédric avait consacré son émission "Dites-moi" à Ingrid Betancourt. Ingrid avait beaucoup apprécié cette émission. Depuis lors, Michèle s'est personnellement impliquée dans une série d'actions pour la libération d'Ingrid. L'émission peut être téléchargée au format MPEG4 à partir du site de l'émission. Deux qualités sont disponibles: (voir plus bas la retranscription de l'interview) Si vous n'avez jamais utilisé le format MPEG4 ou si vous rencontrez des problèmes à jouer la vidéo (par exemple si vous recevez le son mais pas l'image), vous pouvez télécharger un lecteur sur www.divx.com/divx/ , ou, si vous utilisez un PC, vous pouvez utiliser le lecteur média de Microsoft après avoir installé ce petit décodeur téléchargeable gratuitement. La retranscription de l'interview : Un grand merci à Patricia Pierraerts qui a passé de longs moments durant ses vacances à écouter, à retranscrire ces mots, cet échange, dans un petit carnet qu'elle emmenait un peu partout avec un enregistreur.
Nous espérons que ce document sera véritablement intéressant pour toutes celles et tous ceux qui n'ont pas vu l'émission ou ne peuvent pas la télécharger. DITES-MOI - 8 février 2002 (15 jours avant l'enlèvement d'Ingrid...) En mai 2002, notre invitée deviendra peut-être la présidente de la république de la Colombie. « Si on lui laisse la vie », car pour sortir son pays de la corruption généralisée, Ingrid Bétancourt, sénateur de 41 ans, ose dénoncer, s’attaquer aux responsables politiques et aux narcotrafiquants. Mais à quel prix ? Vous serez fascinés par la force et la grâce qui l’animent.
Alors je suis vraiment, vraiment très heureuse de vous accueillir, parce qu’il y a eu tellement d’obstacles à franchir avant cette rencontre et je dois vous remercier parce que c’est votre obstination et peut-être la nôtre aussi qui fait qu’on soit ensemble ce soir. Merci d’être là.
Vous êtes venue au monde, il faut le dire à Bogota, la capitale de votre pays, un an après votre sœur Astrid, qu’on voit là sur la photo avec votre maman. ◙ Ceci est une photo beaucoup plus actuelle de vous avec vos parents. Une maman engagée politiquement et surtout socialement à Bogota. Un père, homme intègre, ancien ministre de l’éducation, Ambassadeur de Colombie à l’UNESCO et en France, c’est là, Avenue Foch, à Paris, où les fonctions de votre père avaient entraîné la famille que naîtra sans doute votre vocation sous un piano à queue, dans un immeuble somptueux, où vous viviez. ◙ Après des études de sciences politiques, vous deviendrez l’épouse comblée d’un diplomate français en poste en Equateur, puis aux Seychelles. Et là, on vous voit, avec vos parents aux Seychelles. ◙ Mais ce bonheur paradisiaque vous paraîtra vite indécent face à la violence et à la misère vécue par votre peuple en Colombie. Vous renoncerez alors au confort, à l’argent, à la vie de famille aussi, pour rejoindre votre pays, combattre la corruption et vous engager en politique. A 33 ans, vous êtes élue députée. On vous voit ici avec Clara, une amie et juriste. ◙ Rien ne pourra alors vous arrêter, malgré les menaces de mort, les tentatives d’assassinat. En 98, vous deviendrez sénatrice. Et cette photo était paraît-il la photo officielle de votre campagne électorale. ◙ Votre livre autobiographique, « La rage au cœur » nous fait découvrir la force, la détermination qui vous habite face aux narco-trafiquants et aux politiciens corrompus. Aujourd’hui, ce minibus vous emmène dans les régions les plus reculées de Colombie, car vous êtes à nouveau en campagne électorale et les élections prochaines vous verront, nous vous le souhaitons vraiment, Ingrid, à la tête de la Colombie, présidente de la République. ◙
On disait que votre vocation politique était née sous un piano à queue dans un immeuble somptueux. En fait vous étiez là, parce que votre père avait été appelé à Paris, c’est bien ça ?
Et donc, il y avait des discussions très passionnées sur le destin de la Colombie, très politiques, et c’étaient des discussions dans lesquelles les enfants ne participaient pas. Alors on devait dire « bonjour, bonsoir », on nous envoyait ensuite dans notre chambre. Et moi, je faisais le tour et je revenais pour écouter ce qu’ils disaient. Et comme je n’étais pas admise dans la réunion, je me cachais sous le piano à queue du salon. Et j’ai des souvenirs d’écouter donc ces conversations dans lesquelles il y avait évidement beaucoup d’émotions et de sentir dans les propos qui se tenaient tellement de violence et d’engagement dans tout ce qui se disait, que j’avais mal à l’estomac. J’ai encore cette espèce de sensation physique de sentir l’angoisse que me produisait tout ce qui se disait chez mes parents et à ce moment-là, je comprenais que la Colombie avait des problèmes, mais je n’arrivais pas du tout à saisir la réalité de ces problèmes. Lorsque mes parents disaient « La Colombie risque une catastrophe », pour moi c’était.. un tremblement de terre, l’horreur, les gens qui mourraient. C’était très visuel, je n’arrivais pas à faire une abstraction intellectuelle de tout ce qui se disait. Donc je le vivais personnellement physiquement de façon très violente.
Et j’avais avec Anita des dialogues extraordinaires. Pour moi, c’était vraiment... je pense que c’était vraiment la voix de la conscience. Il y avait, il y avait beaucoup de sagesse chez cette femme. C’était une portugaise, d’un milieu humble, mais très intelligente, très fine et qui regardait tout ce que nous vivions et qui me disait : « Ingrid, ce que tu vis ici, et ce que tu vois ici, tout le confort que tu as, c’est une illusion. La vie peut te donner des surprises. Et il faut que tu sois préparée, parce que la vie souvent elle est facile, comme ce que tu vis aujourd’hui, mais elle peut devenir aussi très dure. » Et elle me racontait la guerre, elle me racontait ce qu’elle avait elle-même vécu. Et puis nous avions d’autres exemples. Il y avait dans l’immeuble, dans les derniers étages de l’immeuble, habitait un monsieur qui s ‘appelait Monsieur Constantin. C’était un Russe, un aristocrate russe qui avait fini par vivre dans une chambre de bonne et qui vivait en servant dans l’immeuble. Et c’était un homme tout à fait exceptionnel également. Et quand mes parents recevaient, moi, j’étais plutôt dans la cuisine et je parlais avec eux. C’était merveilleux parce que c’était aussi une façon de voir le monde sous un autre angle, que moi j’aimais beaucoup, plus peut-être.
C’est à dire que dans le monde qui arrivait à la maison, il y avait un monsieur que j’aimais beaucoup, qui s’appelait Pablo. Il me disait Tio Pablo et bon, moi c’était Tio Pablo ! Et souvent les adultes n’ont pas le temps pour les enfants. Les enfants, ça fait partie des objets de la maison. On dit « bonjour », on passe. On ne sait même pas leur nom. Mais lui, prenait toujours le temps d’avoir une petite conversation avec moi, de me prendre dans ces bras. Il était très chaleureux ! Et quand par la suite, en grandissant j’ai compris qui était Pablo Neruda, j’ai compris aussi ce que c’est « être grand » . Etre grand, ce ne sont pas les honneurs, être grand, c’est avoir du temps... pour les autres, Grandeur d’âme.
Et on a une photo de votre maman avec un des présidents de la Colombie qui était le président Barco. ◙
Finalement maman rentre en politique, parce que son obsession, ce sont les enfants abandonnés de Bogota. Il y a ce qu’on appelle les « gaminez », ce sont des enfants de familles qui sont rescapées de la violence, qui arrivent se réfugier dans la ville de Bogota. Et les parents au chômage envoient leurs enfants dans la rue pour chercher de quoi vivre et demander l’aumône. Et ce sont des enfants qui en général finissent par vivre complètement dans la rue. Et maman, à ce moment-là, elle doit avoir 18 ans, elle est choquée par ce contraste de gens très aisés à Bogota qui vivent et passent par-dessus, en marchant par-dessus les enfants qui dorment dans la rue. Et elle décide de s’en occuper et c’est extraordinaire parce que c’est une jeune fille qui va utiliser toutes les relations quelle va avoir.
Et elle utilise ces relations pour chercher d’abord un endroit où loger ces enfants, où leur donner une maison. Et puis peu à peu, la chose devient de plus en plus sophistiquée jusqu’au moment où elle décide véritablement d’organiser des foyers pour enfants avec des parents qui vont s’occuper de familles de 10, 20, 30 enfants maximum dans des petites maisons qu’elle va construire. Et moi, j’ai connu tout ce développement dans la conception du projet de maman. C’est à dire, je me souviens, petite fille, l’accompagnant pour faire des présentations aux enfants, les anniversaires des enfants, les emmener au cinéma etc.. Et puis peu à peu, cela devient une grande formation. Et maman, c’est ça. Elle rentre en politique parce qu’elle veut des solutions pour les enfants de la rue et elle va y arriver ! Très bien !
Il y a des choses qu’on ... enfin, je n’ai pas choisi mes parents, mais je remercie le ciel, tous les jours de les avoir eus. Je suis ce qu’ils sont en moins bien. Mais je fais ce que je peux.
C’est le monsieur avec le nœud papillon
Et là on le voit avec Kennedy. C’était au moment où Kennedy voulait l’alliance pour le programme en Amérique Latine. Une idée qui finalement ne s’est pas concrétisée, mais qui je crois est toujours en vogue. Il faut la faire, c’est à dire ces rapports entre l’Amérique Latine et les Etats Unis dans lesquels l’Amérique Latine est un associé à part entière et n’est donc pas une espèce de colonie nouvelle version, et dans laquelle les rapports se nourrissent de valeurs et de principes. Donc au-delà des échanges commerciaux et des intérêts économiques : l’être humain, le contact entre les êtres humains qui finalement, .. c’est l’important. Et si la globalisation aujourd’hui a un sens, c’est peut-être celui- là : les valeurs et les principes.
Il n’y a pas de désir de possession chez lui. C’est très étonnant dans un siècle de consommateurs d’avoir un être humain comme lui à côté de vous qui .., dont l’énergie est vouée à de grandes causes et jamais au désir de possession matérielle. C’est un très bel exemple !
Parce que maman me poussait beaucoup à faire des études de Sciences Politiques. Papa trouvait ça ..., il ne trouvait pas que c’était une belle idée, parce qu’il me voyait plutôt dans quelque chose de plus littéraire ou philosophique. Il pensait que la politique était une activité...
Et donc, il ne voulait pas que sa fille prenne part dans ce monde, qu’il méprisait énormément et dont il s’était toujours maintenu très à l’écart. Et donc il a fallu que je lui explique que si je voulais faire Sciences-Po, c’était d’un point de vue très universitaire et pour faire des études, pour analyser .. Et pas du tout pour devenir politique à mon tour. Et quand finalement, je me suis présentée aux élections, ça l’a surpris et il n’a pas tellement apprécié.
Et maintenant son grand joke, c’est de dire « Ah ! Je ne suis plus Gabriel Bétancourt, je suis le père d’Ingrid ! » C’est très mignon, je trouve !
et qu’il avait toujours refusé de participer en politique et que probablement ... il aurait dû ! Enfin, il y avait une discussion entre nous sur l’engagement et l’engagement c’est aller jusqu’au bout de la cause, même si cette cause est difficile et même si l’on doit entrer dans un milieu qui n’est pas celui dans lequel on aurait voulu être. La politique en Colombie est très, très dure. Etre dans le Congrès Colombien pour une personne, pour un citoyen normal qui n’est pas dans les combines et dans l’affairisme, c’est une épreuve ... de caractère et de volonté. Il faut vraiment affronter un monstre et c’est le monstre à l’intérieur des entrailles du monstre.. Donc on voit tout et ... c’est très pénible.
Mais il faut aussi dire qu’il y a une grande différence entre disons ce que sont l’établissement, la dirigeance Colombienne et qui elle est effectivement majoritairement corrompue, très corrompue et le peuple Colombien. Le peuple Colombien est un peuple absolument extraordinaire. Ceux qui connaissent la Colombie et qui sont allés en Colombie peuvent témoigner de ce que je peux témoigner moi aussi. C’est à dire un peuple honnête, travailleur, éduqué avec un niveau culturel impressionnant, haut, avec une grande sensibilité, une disposition au bonheur qui dans le malheur ambiant et dans la violence et dans la souffrance qui est celle du peuple Colombien, est tout à fait extraordinaire. Et je crois qu’il est important que la Colombie s’en sorte, parce que dans la réflexion des Colombiens, il y aussi beaucoup de promesses porteuses pour la planète, je pense enfin, pour tous ces êtres humains qui nous sentons un petit peu dépassés par les évènements mais qui ne fléchissons jamais, qui ne perdons jamais l’espoir, qui sommes toujours prêts à reprendre la bataille là où elle doit être prise, de façon à gagner en fin de compte. Et je crois que le peuple Colombien est un exemple d’héroïsme. Je le pense vraiment.
Parce qu’à chaque fois qu’on veut faire une réforme, chaque fois qu’on veut produire une transformation de fond, on vous dit : « Ouh lala ! Attention ! Ne touchez pas à ça, parce qu’au sinon, c’est la guérilla qui prendra le pouvoir ou les paramilitaires qui arriveront ! » Et donc, on vit dans cette espèce de neutralisation des forces vitales du pays et par, par disons la peur et par, par l’attente d’une catastrophe pire que celle que nous avons aujourd’hui, puisque nous vivons dans l’anarchie. Ce que je crois qu’il faut faire et ce que je veux faire, moi, je le fais au nom de tous les Colombiens, parce que nous sommes beaucoup, des millions de Colombiens à vouloir et à chercher une Colombie nouvelle- c’est couper avec le passé, c’est vraiment faire autre chose. C’est un pays qui devra écrire son histoire sur une page blanche. Et cette page blanche, nous avons, nous, génération d’aujourd’hui, la responsabilité de l’écrire et de l’écrire bien. Et donc tout cela est une réflexion qui nourrit un processus très fort qui se vit en Colombie, dans le sens de véritablement mettre les choses en bonne et due forme et nous donner à nous Colombiens la possibilité de vivre une véritable démocratie.
ca va provoquer le déclic chez vous. On le voit là, votre maman est à côté, à l’arrière plan ; je suppose ? ◙
C’est une histoire très bizarre, parce que ce jour-là, ils avaient un meeting politique et maman était très nerveuse. Elle avait dit à Luis Carlos Galan : « Il faut que tu fasses très attention, tu ne devrais peut-être pas y aller à ce meeting ! » Parce qu’il avait déjà été victime d’un attentat manqué trois jours avant. Et il était clair qu’étant donné qu’il avait une politique de confrontation avec les cartels, et en particulier, avec Pablo Escobar, il y avait une volonté de l’assassiner enfin, c’était une décision prise de la part de la mafia colombiennne. Et au moment où Galan est entrain de monter sur l’estrade pour saluer la foule, Maman trébuche, elle tombe et ce sont ces secondes d’écarts parce qu’elle était juste derrière lui, elle devait monter juste derrière lui, et c’est ce qui va la sauver. A ce moment là, part la rafale de feu, Galan est assassiné sous ses yeux et c’est un véritable cauchemar pour elle et un cauchemar pour la Colombie, parce que Galan, c’était, c’était l’espoir. Et, à partir de là, moi, j’étais à l’étranger et elle me raconte tout ceci au téléphone et ..je sais que je ne peux plus remettre à plus tard mon retour en Colombie.
Les richesses sont là, les richesses naturelles. C’est un pays très grand. La richesse humaine, la qualité des professionnels qui travaillent dans les ministères en Colombie, l’administration publique colombienne. Et tout ça est totalement neutralisé et bloqué par un affairisme d’état, par une corruption politique qui bloque tout le système. Alors, j’ai vu ça, j’ai vu les besoins des Colombiens et comment ces besoins n’étaient pas assumés par le gouvernement alors que nous avons de quoi le faire. J’ai vu l’affairisme d’état qui est terrible, la logique avec laquelle se prennent les décisions, et après avoir travaillé comme conseillère du ministre des finances, et ensuite,j’ai travaillé aussi comme conseillère du ministre extérieur. Face à l’impossibilité de faire que les bonnes décisions soient prises, nous décidons avec une amie que nous avons vue sur une photo, Clara.. On se dit que si toutes les décisions sont prises dans la scène politique ... Allons-y, allons voir si on peut véritablement faire quelque chose. Et quand on se lance en politique, quand on prend la décision de faire de la politique, tout le monde nous dit : « C’est impossible ! Ici en Colombie, pour faire de la politique, il faut avoir un cacique, il faut avoir un patron politique qui vous ouvre les portes. Vous n’êtes personne, personne ne vous connaît. C’est impossible ! » Et puis, on a réussi !
Très gentil !
Mais ce qui est extraordinaire, c’est que finalement, on a réussi à tenir le pari. C’est à dire, on misait sur le fait qu’en Colombie, il y avait beaucoup de gens comme nous qui ne voulaient plus se soumettre, qui ne voulaient plus accepter ce qui se passait. Et ce n’est pas évident parce que le système fait que les Colombiens n’ont pas véritablement disons les instruments pour s’exprimer : ni dans les élections, puisque ce sont des élections dans lesquelles la fraude est absolue, les médias Colombiens désinforment énormément et ne retransmettent pas non plus le désir des Colombiens de casser avec le passé et de faire une Colombie nouvelle. Et donc, nous sommes sur le terrain, nous faisons une campagne scandaleuse pour certains mais effective puisque nous sommes élus. Et là commence un cheminement très, très dur, puisque c’est la découverte véritablement du monstre, c’est à dire de l’alliance entre la classe politique traditionnelle colombienne et la mafia colombienne. Et comment cette alliance neutralise la justice, neutralise le parlement, neutralise le gouvernement de façon à ce que les activités illégales en Colombie soient prometteuse et prennent beaucoup d’essor.
Les frères Rodriguez, on connaît peut-être moins bien en Europe qu’ Escobar dont on parlait tout à l’heure et qui avait été abattu. C’était le cartel de Medelin et les frères Rodriguez, c’est le cartel de Cali. Mais vous allez les rencontrer ces gens ! Et ça ne vous fait pas peur, non ?
Et quand je les vois comme ça, j’ai été très surprise. Très surprise parce que .. ça m’a permis de comprendre beaucoup de choses. La première chose qu’ils me disent, c’est : « Ah, vous pensiez que nous allions arriver avec des tas de médailles en or et regardez : nous sommes des gens simples ! » Ensuite, ils vont me tenir un discours comme quoi ils ont fait beaucoup de bien à la Colombie parce qu’ils donnent beaucoup de travail aux Colombiens. Alors évidemment, je m’insurge contre tout ça et je leur dis : « Non ! Ecoutez, vous ne pouvez pas tenir ce discours ! Il faut quand même que vous soyez conscients que nous Colombiens, si à l’extérieur, on nous montre du doigt, si à chaque fois qu’il y a un Colombien qui est reconnu quelque part, on fait bien attention de montrer qu’en Colombie, ce n’est pas seulement le bon côté, mais qu’il y a la drogue...Et en Colombie, la drogue, c’est vous et vous êtes responsables de cela ! » Et là, il y a un clash et c’est un petit peu aussi la prise de conscience de ce monde qu’ils se sont construits, un monde dans lequel tous les gens autour d’eux leur tiennent un discours .. Ce sont des rois ! Ils ont leur cour à eux et les gens leur rendent des honneurs et ils arrivent à contrôler les ficelles du pouvoir que ce soit le pouvoir de la justice ou le pouvoir du Congrès et..
Ca veut dire qu’ils avaient dans leur poche, à leur solde le président de la République ! Alors en sachant ça, que faire ? Parce que le président de la République, c’est un pouvoir très important, comme dans tous les pays du monde, et faire face au président de la République en dénonçant les relations avec les trafiquants de drogue est quelque chose qui se paie avec un prix très cher en Colombie. Et je crois que j’ai payé vraiment le prix.
Parce que si on veut nettoyer du haut, il faut être en haut pour pouvoir nettoyer et si je veux être Présidente de la République en Colombie, c’est parce que je sais qu’il faut avoir le pouvoir pour rompre ces relations entre le pouvoir colombien et les mafias. Il y a une relation qui est .. c’est une équation : Aujourd’hui, le monde est très sensible au terrorisme et ce terrorisme, nous avons découvert est financé par la drogue. Mais cette drogue n’est possible que dans les pays où il y a peu de démocratie ou une démocratie inefficace comme en Colombie. Et le monde doit comprendre cela, doit comprendre qu’il n’y a pas de solutions simples. Il faut passer par l’exercice de donner aux pays du monde de véritables démocraties, pour que tous, nous dans ce village planétaire, nous soyons protégés contre le terrorisme qui est en fait l’expression de cette corruption qui se nourrit de l’état ou de l’état qui n ‘existe pas, ou d’un état non-démocratique et du trafic de la drogue. C’est important de faire cette liaison entre terrorisme et manque de démocratie.
Et je voudrais revenir quand même à ça parce que vous aviez vécu à l’étranger puis vous retournez en Colombie. Et pour vous faire élire, vous employer un système, je vais quand même le sortir car c’est assez incroyable, votre symbole presque, c’est le préservatif ! Parce que la corruption pour vous, c’est synonyme de Sida, donc préservatif. Et vous la fille de ministre, vous allez distribuer tous ces préservatifs aux carrefours de Bogota. C’est un vrai scandale !
Alors je donnais le préservatif en disant à la personne : » J’espère que vous vous souviendrez de moi lors des élections ! » Et ils se sont souvenus de moi !
C’est pour ça que je dis que je n’ouvrais pas le sachet ? Ca a été un processus. Au début, il a trouvé que c’était indigne que sa fille soit aux carrefours de Bogota à distribuer des préservatifs. Par la suite lorsqu’il a compris le message et qu’il a compris que les autres le comprenaient, parce que finalement, pour lui, ce qui était très gênant, c’était ses amis qui l’appelaient « Ah, tu sais, j’ai vu ta fille au coin d’une rue elle m’a donné un préservatif ! Ha, ha, ha, ! » et il trouvait que c ‘était très gênant pour lui. Mais lorsqu’il a eu le second retour de cette affaire, que ses amis l’appelaient et lui disaient : « Tu sais l’histoire de ta fille avec sa répartition de préservatifs, ça nous fait réfléchir à tous, c’est quelque chose qui n’est pas si mal et c’est vrai qu’il faut qu’on réagisse, qu’il faut qu’on se protège en tant que société. » Et donc, à partir de là, comprenant la réflexion qu’il y avait derrière, il a commencé à se sentir, je crois, fier finalement de l’audace de sa fille.
Nous avons tous eu très peur, parce que ça a été un geste spontané, presque irréfléchi. Et ensuite, on a compris la dimension de ce que cela représentait, et donc ... Parce que combattre la corruption en abstrait, c’est très facile ! Dire que la corruption, c’est mauvais et dire qu’il faut absolument vaincre la corruption, tout le monde le fait. Mais attaquer les personnes corrompues, celles qui font la corruption, avec un nom, avec un prénom, en montrant ce qu’ils ont fait, les documents les chèques... Là ce n’est plus bien vu. Là, on devient ennemi personnel de cette personne qui est puissante, puisqu’elle a réussi à faire ce qu’elle a fait en totale impunité. Et cette corruption, cet affairisme d’état est évidement lié à la mafia. Ce sont les mêmes circuits qui servent. Et à partir de là on savait qu’on avait, enfin, j’avais acquis des ennemis très dangereux. Mais en même temps, j’ai eu de grandes récompenses. Ce jour-là, lorsque ma déclaration sort à la télévision et j’étais en campagne. C’était une interview télévisée, on me demande : « Oui, vous luttez contre la corruption, vous distribuez des préservatifs, mais quels sont les corrompus en Colombie ? » En général, les gens disent : « Il y en a beaucoup. » et ils prennent la tengeante. Et là, j’ai donné les noms de ceux qui, je pensais, étaient véritablement les plus corrompus. Ca passe dans le journal d’informations à Bogota et cinq minutes après, le téléphone sonne et j’ai cet homme extraordinaire au téléphone – il s’appelle ///////, c’est un industriel, un des hommes les plus respectables de la Colombie qui me dit : « Ingrid, je viens d’écouter ce que vous avez dit, je suis tout à fait avec vous. C’est très dangereux ! Mais je veux vous aider, qu’est-ce que je peux faire pour vous, avez-vous besoin d’argent ? » -Oui, évidement, j’étais en pleine campagne, oui, j’ai besoin d’argent ! -Quelle est la somme dont vous avez besoin ? Je lui donne une somme, j’ai même pas pensé et il m’a envoyé le chèque le lendemain Et ça m’a beaucoup aidé pour la campagne !
Voilà, on le voit là. ◙ Un palais qui était un décrépi et tout, mais qu’on vous a presque offert comme ça. C’était le miracle !
Et je me dis, ce serait parfait ça pour un QG de campagne. Ce serait le siège qu’il nous faut ! C’était une maison vide. Alors je parle un petit peu avec les gens autour. On me dit : « C’est une maison qui appartient au notaire du coin, allez-le voir ! » Alors je vais voir le notaire du coin, je ne connais pas le notaire, je ne sais pas qui c’est. Et j’arrive et c’est une femme qui me reçoit. Et je lui dis : « Voilà, je voudrais savoir si vous seriez intéressée, je voudrais louer votre maison parce que je me lance en politique. C’est la première fois que je vais le faire et je sais qu’il faut que j’aie un siège et je me dis que peut-être, je peux louer cette maison ? » Elle me dit : «Mais, absolument pas. Il est hors de question, d’ailleurs.... » Alors je commence à lui dire : « Vous savez, c’est important parce que je veux faire ma campagne pour lutter contre la corruption .. » et je commence à lui parler de mes idées et .. elle me regarde comme ça et elle me dit ; » Bétancourt, Bétancourt, vous seriez pas la fille de Gabriel Bétancourt ? » Alors je ris et je dis « oui ! » Alors elle me dit : « Ah, j’étais très amie de votre tante ! » et elle ouvre un tiroir de son bureau, elle me sort une photo avec ma tante préférée, et .. elles avaient 15 ans ! Inouï !! Et elle me dit : « Mmm, je vais t’aider, je te laisse la maison, on parlera argent après ! »
Et aussi les énergies qu’il y avait dedans parce que finalement, on se nourrit aussi des énergies, des gens. Et quand j’ai eu cette maison, je me disais en moi-même « Avec cette maison et ce siège, il est impossible que je ne sois pas élue ! »
Donc je pense qu’il n’y a rien d’impossible du moment où l’on veut vraiment que les choses arrivent.
C’est après cette grève de la faim de 2 semaines. Vous êtes inconsciente parce que vous avez ramassé des microbes là au sein du parlement ou vous faisiez cette grève. Et si vous l’avez faite, cette grève c’est parce que vous étiez révoltée vraiment par ce qui s’était passé et que vous vouliez montrer à tout le monde que rien ne se passait normalement : que le procès que Samper, le président de la république voulait en installant une commission d’enquête, et bien cette commission d’enquête n’était constituée que d’amis de ce président. Donc, c’est la révolte et il n’y a plus qu’une chose, c’est la grève de la faim.
Il y eu un changement dans l’opinion publique et ceux qui avaient cette attitude un peu goguenarde, se moquant un petit peu de ce qu’on faisait ont commencé à respecter la lutte qui était la nôtre. Et à partir de ce moment-là, le procès du président Samper n’a plus été vu avec dans le pays. c’est à dire, comme on voulait le présenter : c’est à dire le procès du président Samper, un procès transparent et honnête ... Tout le monde a compris que c’était un procès truqué et c’était important que les Colombiens le comprennent parce que des mois auparavant tous les témoins qui devaient comparaître et témoigner à ce procès ont tous été tués ! Donc nous sommes en train de parler de corruption, nous sommes en train de parler d’alliances entre le pouvoir et la mafia et nous sommes en train de parler de crimes et de gens qui tuent.
Voilà ◙ Mélanie et Lorenzo et eux, ont vécu quand même et vivent encore je crois dans le danger permanent et ça c’est quelque chose qui vous perturbe. Vous qui êtes quand même, je considère, une femme forte. Peut-être est-ce là votre faiblesse. Vous êtes toujours inquiète. Vous dites « J’ai une peur animale quand je pense à mes enfants. » Maintenant, ils sont grands.
Ils ont quel âge maintenant ?
je pense que.. on peut s’accoutumer à tout sauf à ça.
Quand les menaces vous touchent vous personnellement, vous assumez. D’une certaine façon, c’est un choix. Enfin, pour moi, il était clair que j’avais pris un engagement et que même sous la menace, je n’allais pas changer mon engagement. Mais là, où ça a été vraiment très, très pénible, c’est la décision de me séparer de mes enfants. Cà, ça... Et je pense que... Le temps passe, mes enfants sont grands, ce sont des adolescents et.. la douleur est toujours là.
Je pense en 97,où vous dites un moment « Pourquoi avoir sabordé ce bohneur d’être ensemble ? »
La Colombie vit dans un monde de mots, dans un monde de mots qui n’ont plus de sens. Les gens disent beaucoup de choses et plus personne ne les croit. Et j’essaie de donner un sens aux mots, de donner un sens à ce qu’on croit, aux valeurs et aux principes. Je crois qu’être humain, c’est ça. Etre humain, c’est avoir la possibilité d’aller au-delà, au-delà de certaines choses, pour défendre ce qui pour nous en tant qu’être humain est nécessaire et obligatoire. Il y a des choses auxquelles on ne peut pas renoncer : la justice par exemple la vérité, le droit à la vérité, le droit au deuil, le fait de savoir que quelqu’un a été tué pour pouvoir l’enterrer. En Colombie, la violence fait que les gens disparaissent. Les êtres qui restent, les familles ne savent pas si ils sont morts ou s’ils sont vivants et ils passent des années, 20, 30 années en attendant que cette personne revienne, parce qu’ils n’ont pas vu le cadavre. Il faut enterrer ses morts, il faut avoir la vérité.
Elle voulait avoir sa liberté et son indépendance. Lorenzo, c’était un petit peu différent. Parce qu’il était encore enfant et c ‘était plutôt pratique parce que s’il oubliait son cartable, il y avait toujours quelqu’un pour aller le chercher ! ... Mais non, c’est pénible. Parce que, d’abord, le fait de vivre avec des gardes du corps autour de vous, c’est un rappel constant du danger. Vous ne pouvez pas oublier une seconde que vous êtes en danger. C’est aussi savoir que des gens qui sont là pour vous, ils sont là pour vous. Si quelque chose arrive, ils vont tout faire pour vous protéger et ils peuvent perdre la vie pour vous. Et ils le savent. Et moi, je le sais. Et ça crée des relations très, très fortes. C’est dur !
On les a enterrés. Et on les a oubliés. Si je veux véritablement faire quelque chose pour mon pays, il faut que je sois vivante. Sinon, je ne pourrai plus rien faire après.
C’est un peu ça qu’on a envie de poser comme question.
D’abord, je crois qu’il y a ... Dieu. Je crois en Dieu. Et je pense ensuite qu’il y a des circonstances°, le fait que je suis maintenant en vue. Le fait d’avoir publié ce livre « La rage au cœur » en France et que beaucoup de personnes dans le monde ont compris ce qui se passait en Colombie. C’est une forme de protection pour moi.
Je pense aussi que le fait de venir d’un milieu qui fait partie de cet établissement finalement fait que l’on peut d’une certaine façon accepter de moi des paroles que d’autres ne pourraient pas dire. C’est triste de dire ça, parce que ça montre jusqu’à quel point la Colombie n’est pas un pays dans lequel tout le monde a les mêmes possibilités. Mais, je crois que cela aussi est vrai. Et je crois que pendant très longtemps, l’établissement colombien m’a sous-estimée : Eh bien, pendant très longtemps, on m’a sous-estimée. « C’est une jeune fille, elle dit des choses, c’est pas grave ! »
On a essayé de vous salir aussi parce que vous étiez une femme, une jeune femme ?
Non, la guerre, c’est une guerre. Quand on monte sur le ring, on donne des coups, on reçoit des coups. Il faut savoir qu’on va les recevoir, apprendre à se défendre, apprendre à parer les coups, apprendre à ne pas connecter son système nerveux aux moments de ces attaques. Le calme, c’est à dire, savoir être lucide aux moments de crises, aux moments où l’on est le plus attaquée. Cela s’apprend et c’est évident que c’est très difficile de naître avec ça. Ce n’est pas mon cas et je l’ai appris, parce que j’ai pris plein de coups durs très forts sur le visage.
On dit sénateur ou sénatrice ?
On peut dire sénatrice, c’est plus égalitaire. Sénateur, c’est plus joli !
Et il y a une photo, là où on vous voit. ◙ Elle sera d’ailleurs dans le livre qui va sortir je crois en Amérique. On vous voit avec un minibus. Et c’est dans ce minibus que vous circulez pour aller où vous voulez en fait.
Ce bus entre partout et c’est le bus de tous les Colombiens. Des pauvres, des riches, de tout le monde. Tout le monde s’accroche là. Et ce que j’ai fait, c’est une campagne roulante, parce qu’en fait j’ai mon podium, j’ai un système de son, j’ai des chaises sur le toit de mon bus, donc je me déplace. Et j’arrive sur une place, sur un petit village en Colombie, je mets mes haut-parleurs, je mets mes chaises, j’invite les gens et j’ai une manifestation. Je peux parler avec les gens.
Vous êtes avec des hommes, mais en carton pâte autour de vous. Qu’est-ce que c’est ? ◙
Les personnes que vous voyez là, c’est ce qu’on appelle les seigneurs de la guerre en Colombie. Alors en Colombie, il y la guérilla, il y a les paramilitaires, ce sont des organisations armées excessivement violentes et nous sommes en guerre civile. Et donc, là c’est une invitation au futur. Nous sommes le 7 août 2002, c’est à dire le premier jour de mon gouvernement élu dans le futur. Et je suis avec ces personnages. Celui qui a une serviette sur son épaule, c’est Manuel Marulando, c’est le chef des FARCs, de la guérilla. A côté de lui, il y a Galbino, le chef du ELN, une autre guérilla. De l’autre coé, il y a les commandants des forces militaires colombiennes, le général Tapies, le général Mora. Et plus loin, on ne le voit pas sur la photo, il y a Carlos Castano qui est le chef des paramilitaires. Et c’était un moyen de dire aux Colombiens : « Voilà, le jour où je serai élue, je vais parler avec tout ce monde, parce que il faut faire la paix. » Et ça m’a permis de présenter mon plan de paix. C’est à dire quel est l’agenda avec chacune de ses personnes ? Quelle est la possibilité de travailler vers un cessez le feu et vers un dialogue politique qui nous permette de reconstruire les institutions ? Et comment en même temps démobiliser militairement ces organisations de façon à ce que la Colombie arrive à un système de paix. Alors c’était quelque chose qui était un petit peu surprenant parce que ces personnes -même en rêve- les Colombiens ne peuvent pas imaginer qu’elles vont un jour être ensemble. Mais c’est un rêve qu’il faut rêver parce qu’il faudra que ça se fasse ! Et c’était aussi une façon d’ouvrir une porte en Colombie parce que je ne suis pas la candidate de l’établissement colombien. On ne m’aime pas trop. Et les médias colombiens ont fait très fort dans le sens de me bloquer. Pas un mot, je ne suis pas dans les sondages, je n’apparais nulle part. Il y a une espèce de veto absolu sur moi.
Pour les élections au Sénat. Dix jours avant les élections apparaît un sondage officiel. Et ce sondage, je ne suis pas dedans. Je n’apparais même pas dans les dix premiers candidats qui vont être élus au Sénat.. Et ensuite j’ai eu la plus grande votation du pays ! Donc, quand on me dit que je n’apparais pas dans les sondages, je garde mon calme, parce que je sais qu’il y a d’autres logiques en place.
C’est à dire, nous avons besoin d’une réforme agraire pour donner une solution aux 100000 paysans qui en ce moment produisent la feuille de coca dans le sud de la Colombie. Alors, il faut comprendre que pour attaquer le trafic de la drogue, il faut évidement s’attaquer à ce lien pervers entre politiciens et trafiquants de drogue. Il faut attaquer les narcotrafiquants dans leurs comptes bancaires, dans leurs trafics d’armes etc.. Mais, il faut donner une solution sociale à ces paysans qui sont en train de produire la coke.
Finalement, cette fulmigation, ce qu’elle a permis, c’est d’accélérer la déforestation dans la forêt amazonienne, donc, catastrophe écologique, sans qu’il y ait véritablement de solution puisque la Colombie continue d’être le premier producteur de drogue dans le monde. Mais ce qu’il faut savoir aussi, c’est que ces paysans qui sont dans le sud de la Colombie à défricher la forêt amazonienne, à produire de la coke, le font parce qu’ils ont été expulsés des terres fertiles Colombiennes. Pourquoi ? Parce que les trafiquants de drogue ont acheté ces terres fertiles à des desseins spéculatifs qui ne donnent pas d’emploi. Ils ont donc expulsé ces paysans qui ne trouvent plus de place dans notre société. S’ils arrivent en ville, ce sont des chômeurs. Ils ont donc la possibilité soit de faire partie de la guérilla, donc de l’armée de subversion, soit d’aller planter la feuille de coca dans le sud et il faut une réforme agraire. Il faut une réforme agraire pour les faire passer de paysans vivant dans l’indigence à de véritables producteurs agricoles et pour cela nous avons besoin d’investissements d’état en systèmes d’irrigations, en transports, en communication, de crédits, de l’assistance technique. Enfin, une politique intégrale qui nous permette de les ramener non seulement à la vie légale, mais aussi au nouveau siècle de globalisation, de modernisation, de qualité de vie et de sécurité.
il avait beaucoup de mépris pour cette classe politicienne de la 3. République et de la 4. République. Et je pense que en Colombie, c’est un petit peu la même chose.
Alors vous dites celui que vous préférez interpréter. Celui-là est de Robert Quint et l’autre de Viviane Ludovique Longtain
Parce que je vois.. il y a... Ce que je vois, c’est une scène de violence avec des êtres sans cerveau et des femmes qui sont soumises et qui n’ont pas de liberté. Et .. il y a quelque chose de Colombie là-dedans.
« Le difficile, ce n’est pas de
donner, Et l’autre : « On pourra
m’ôter cette vie, Je trouve qu’elles vous conviennent tellement bien toutes les deux.
Aragon, c’est très bon et c’est très beau. Mais Colette, c’est mon problème. C’est comment garder aussi de l’espace pour ceux que j’aime dans cette lutte.
Vous avez choisi une musique pour cette fin d’émission. Elle n’est pas Colombienne.
Je voudrais vous dire que nous serons à vos côtés, en pensée, lors de ces élections présidentielles. J’espère qu’on se reverra et je voudrais vous remercier, bien sûr pour tout ce courage qui est en vous. Mais moi, j’ai aussi envie de vous dire merci aussi pour toute cette pureté qui émane de vous et qui fait du bien. Merci !
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